Chiny – Bienvenue en terre sauvage…

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Depuis 2010, nous – un ensemble d’adultes et d’enfants – avons acquis une terre agricole de 6 hectares dans le village de Chiny, voulant y partager une vie collective au sein de la nature. C’est dans le contexte d’une société confrontée à des crises multiples (politique, économique, financière, logement, écologique,…) que nous nous sommes réuniEs et engagéEs à construire un mode de vie plus équilibré, ancré dans la nature ainsi que dans les dynamiques locales.

La pertinence du projet, pour nous, tient à la mise en pratique de valeurs nous tenant à cœur: l’organisation collective, l’autonomie, la vie en synergie avec la nature, etc. Le soutien que nous recevons de la part des villageois, du milieu associatif, des visiteurs, et la réalisation d’une diversité d’activités à travers l’ASBL Gâche Warache nous renforcent dans cet élan.

Toutefois, depuis le début du projet nous sommes conscientEs que le choix de vivre dans des habitats légers sur un terrain Natura 2000 défie certains codes établis notamment celui de l’urbanisme, ainsi que de l’agriculture. Un procès verbal a en effet été dressé à notre encontre, mettant en péril la durabilité du projet. Cet état des lieux met en lumière le décalage entre la législation contraignante et le besoin qu’émergent des projets créatifs répondant aux diverses problématiques actuelles. En effet, bien d’autres initiatives se heurtent à des obstacles similaires.

Nous souhaitons ici présenter notre projet et aborder la question des infractions urbanistiques en la replaçant dans un contexte plus global.

 Un projet de vie…

Ce projet se construit autour d’un lieu naturel et de gens qui aspirent à vivre en synergie avec celui-ci et à en faire bénéficier leur entourage en s’inscrivant dans des dynamiques locales. C’est une recherche d’équilibre entre la Nature et l’Humain. Au-delà d’une protection de l’écosystème, nous cherchons son épanouissement tout en nous y intégrant. Le choix de vivre dans des habitats légers s’est donc fait naturellement car il nous amène à être en lien étroit avec l’environnement.

Ces habitats viennent bousculer les concepts actuels d’habiter, autant par leur capacité à se fondre dans le paysage que par leur simplicité.

Vivre au quotidien sur ce lieu nous permet de développer un projet d’agro-écologie*. Il prend forme a travers la culture (maraîchage, verger, petits fruits), le petit élevage (poules, abeilles, asinerie), la gestion de la flore (pâtures, haies, étangs, forêt et cours d’eau). La récolte et la transformation de plantes cultivées ou sauvages (conserves, séchage, herboristerie, teinture végétale), la coupe du bois de chauffage, l’artisanat (menuiserie, vannerie,…) complètent ce projet.

Le projet se construit à partir d’une organisation collective, entendant par là le fait de devenir auteur et acteur de nos vies, tant au niveau individuel que collectif. A travers des pratiques d’apprentissage, de partage et d’échange, nous nous ouvrons aux dynamiques locales – en nous intégrant à celles-ci et à travers nos activités proposées par lAsbl.

La situation urbanistique

En juillet 2015, la DGO4 a dressé un procès verbal à notre encontre pour cause d’infractions urbanistiques en terre agricole et zone Natura 2000. Il concerne diverses constructions ne possédant pas de permis urbanistique : 2 espaces collectifs et d’accueil, 4 habitats légers des membres du collectif, des abris pour les animaux, le bois, les vélos et toilettes sèches, une serre et un abri à outils pour le maraîchage.

Cette situation révèle les freins posés par la législation actuelle concernant des alternatives locales et citoyennes, tant au niveau urbanistique, agricole, que vis à vis des directives Natura 2000.

Bien que répandu en Belgique, l’habitat léger reste inexistant pour le CWATUPe. Il n’y a donc pas, au niveau de l’aménagement du territoire, de zone définie pour ce type d’habitat, ce qui entraîne des complications vis à vis du code du logement (normes inadaptées a ce type d’habitat) et de l’accès à la domiciliation.

Le projet s’inscrit dans la démarche fondamentale de Natura 2000, à savoir: assurer la protection des espèces végétales et animales menacées. Bien que le lien entre l’Homme et la Nature est peu exploré. Est-ce une bonne idée de créer des réserves naturelles coupant la Nature de l’Homme afin de la protéger de ce dernier ? Par notre présence au quotidien, nous cherchons à rétablir une relation d’équilibre avec la nature et non de domination.

Bien que le CWATUPe reprenne la définition d’agriculture au sens large, nous avons du mal à nous faire reconnaître auprès de l’administration qui semble se référer plus au modèle dominant et à ses normes de productivité et de rentabilité. Par ailleurs, le CWATUPe prévoit des zones* pouvant déroger au plan de secteur, permettant des activités d’utilité publique et communautaire. Ces zones peuvent accueillir des logements sociaux, des homes, des centres d’activité… pourquoi pas des habitats légers ?

Un autre regard

Face à cette situation nous souhaitons faire valoir nos actes comme des alternatives créatives et expérimentales se traduisant par :

Une protection de la biodiversité tout en y laissant une place pour l’homme, en démontrant qu’il fait partie intégrante de cet écosystème et peut avoir un impact positif sur lui. Nous sommes pour cela accompagnéEs afin d’affiner nos réflexions et actions ;

Le lancement d’un projet d’agriculture paysanne s’inscrivant dans une économie locale ;

L‘accueil, les activités et les rencontres organisées par le biais de l’asbl, participent à renforcer la toile sociale ;

La participation à la plate-forme de soutien HaLé regroupant des habitants du léger. Son objectif principal est d’avancer sur les problématiques juridiques et territoriales dans le but de faire reconnaître le droit à chacunEs de vivre son habitat léger au niveau légal l’habitat léger.

Parce que le besoin de changer nos attitudes vers plus de résilience se fait sentir (agenda 21, économie locale et durable, crise du logement, …), nous, parmi d’autres, mettons en place un projet concret. La question aujourd’hui est de savoir si la société va permettre à ces alternatives de s’approfondir, de se pérenniser et de s’épanouir.

Aujourd’hui (été 2016), notre dossier est dans les mains de la Région Wallonne qui doit remettre son avis concernant la possibilité de régularisation ou la sanction qui nous sera assignée (amende, remise en état des lieux, cessation de l’utilisation).

Aujourd’hui (hiver 2018)

Après une nouvelle visite des représentants de la DGO4 en juin dernier, une rencontre a eu lieu à la commune, regroupant touts les acteurs en lien avec notre dossier. Suite à cette première rencontre, nous entamons une procédure allant vers une régularisation. La première étape est de réaliser des plans avec un architecte, ce dossier servira de base pour la négociation avec les représentants de la région wallonne, la DNF, l’agriculture (en avis consultatif) et la commune de Chiny. La situation n’est pas évidente. Nous tentons de faire une proposition, incluant le déplacement de certains habitats – la destruction et reconstruction pour d’autres – des aménagements esthétiques, tout en respectant les particularités du site et nos choix de vie! Une modification principale est le regroupement des habitations afin de se rapprocher des exigences qui nous sont posées.

Nous tenons toute fois à maintenir les habitats légers adaptés à notre vie sur le lieu car ils permettent entre autre de préserver l’intimité et l’équilibre de chacun.e dans le contexte de vie collective que nous menons. En venant sur ces terres, nous avons choisi une vie sobre (pas de raccordement au réseau électrique, un seul point d’eau pour plusieurs logements, un système d’épuration d’eau par lagunage, des toilettes sèches, la limitation de notre empreinte au sol en évitant de grosses fondations…) et développé des activités adaptées au lieu : fauche tardive à la main, gestion en pâturage à faible charge, entretien des étangs, gestion des haies à la main, petites surfaces de maraîchage biologique en traction animale, cueillettes sauvage.

De plus il est fréquent que nous accueillons  des personnes intéressées par nos choix de vie, notre manière d’habiter le lieu, que ce soit lors de moments d’échanges et de partages informels ou lors de chantiers participatifs, d’événements locaux . Le lien à cette terre est le pilier central de nos activités et notre contribution aux dynamiques locales. Nous continuerons donc à habiter, à entretenir et à nous nourrir de ce lieu que nous vivons au quotidien.

La suite au prochain épisode…  la prochaine rencontre est encore à convenir avec la Région Wallonne.
Dans l’espoir que d’autres modes de vies puisse être tolérés et exister, c’est le moment, pour les responsables politiques, d’innover et de soutenir des actions citoyennes engagées.
Le CODT ouvre déjà de nouvelles pistes et aucune loi n’est immuable…

Envie de nous soutenir ?

Vous pouvez nous soutenir, en participant aux rencontres et actions, en parlant de ces questions autour de vous, en nous partageant vos expériences et/ou vos connaissances technico-juridico-administratives.

*L‘agro-écologie retisse le lien entre l’agrologie et l’écosystème. Cette démarche vient repenser les systèmes de production, en s’inscrivant dans la recherche d’alternatives à l’agro-industrie et en intégrant les dimensions économiques aux approches sociales et politiques. Elle consiste à réintroduire de la diversité dans les systèmes de production agricole, à restaurer celle de la mosaïque paysagère et à renforcer le rôle de la biodiversité comme facteur de production.

*Zone de services publics et d’équipements communautaires: destinée, par essence, à promouvoir l’intérêt général. A cet égard, trois conditions doivent être réunies pour admettre que l’on soit en présence d’un tel équipement: la mise à disposition du public, l’accessibilité à tous et l’absence de but essentiellement lucratif.

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